mardi 8 juillet 2014

Israël : la vie pendant l'offensive

Photo AFP


Les échanges de tirs entre entre le Hamas et Israël se multiplient. A l'origine de ce nouvel embrasement, les meurtres de quatre adolescents, trois Israéliens et un Palestinien. 

Alors que l'armée israélienne bombarde Gaza, 80 roquettes et obus de mortier du Hamas ont été envoyés sur le sud de l'Etat hébreu, dans des zones ouvertes. A Beer-Sheva, plus grande ville du Neguev à une cinquantaine de kilomètre de Gaza, les habitants vivent au rythme de cette nouvelle menace.

"On a reçu deux roquettes, une samedi vers 18h50, et l'autre hier vers 10h30", raconte Bérengère, employée à l'Université Ben Gourion. Et puis cet après-midi, les sirènes retentissent sur le campus. Les employés se réfugient dans le bunker. Deux explosions plus tard, chacun retrouve son bureau. Malgré les tirs de roquettes de ces trois derniers jours, l'université Ben Gourion reste ouverte. Cependant les examens prévus demain ont été suspendus pour des raisons de sécurité et l'ensemble du personnel a reçu un email avec les instructions à suivre en cas d'alerte. "Dans mon boulot, j'organise des meetings avec des intervenants, souvent étrangers. Aujourd'hui, trois rendez-vous ont été annulés, les gens ont peur de venir sur Beer-Sheva", précise la jeune française installée en Israël depuis octobre 2012. Pour elle, "le système Dôme de fer est bien rôdé". En effet, ce système anti-missile  est déployé depuis 2010. Il a notamment intercepté une roquette qui se dirigeait vers Sderot.
Certains habitants du sud ont pourtant fait le choix de partir. Ils ont rejoint les régions du nord ou du centre. Depuis le lancement des raids aériens sur Gaza, l'opération "haie de protection", la population du Neguev s'attend à la riposte. "Je ne me sens pas en danger malgré ce qui se passe mais c'est juste que cette situation de haine me désole", confie-t'elle. "Au quotidien, on oublie cette haine, et puis quand tu entends la sirène, tu te demandes mais qu'est-ce que je fous là en plein milieu..."


samedi 8 mars 2014

L'homme et la Journée de la femme

Samedi 8 mars, journée internationale de la femme. Depuis 1977, les Nations-Unies ont officialisé cette célébration. "Une journée de" afin de dresser un état des lieux, de réfléchir et de définir des priorités sur la condition des femmes dans le monde.
Comment l'homme, cette oppresseur millénaire, peut-il célébrer cette journée ? Ce n'est pas moi qui répondrait (non que je n'ai pas mon idée sur la question) mais Stéphane Laporte, chroniqueur pour le quotidien québecois La Presse. Voici sa chronique.

"C'est aujourd'hui la Journée de la femme. Voilà. C'est tout. Fin de la chronique. Je n'ose pas aller plus loin. Parce que je suis un homme. Et l'homme ne sait pas quoi dire ni comment se comporter, le 8 mars.
Le 14 février, à la Saint-Valentin, c'est facile: on souhaite joyeuse Saint-Valentin à sa blonde, on lui donne une carte, des roses et du chocolat. Puis on l'invite à souper. L'affaire est réglée. La blonde est contente. Nous aussi.
Mais le 8 mars, c'est plus compliqué. D'abord, qu'est-ce qu'on souhaite aux femmes, aujourd'hui? Joyeuse journée? Bonne femme? Et qu'est-ce qu'on leur donne? Des fleurs? Du parfum? Un bijou? Pas sûr que ce soit judicieux. Ça reproduit trop le stéréotype des vieilles relations homme-femme. Il faut aller au-delà du cliché. Un coffre à outils serait plus approprié. Une tondeuse aussi. Mais il se peut fort bien que votre conjointe ne soit pas ravie.
Tout bien réfléchi, il ne faut rien souhaiter. Il faut se taire. Et écouter. Il ne faut rien donner. Il faut laisser les femmes prendre.
La Journée de la femme est un party auquel l'homme n'est pas invité. Et ça se comprend très bien. Les femmes se célèbrent entre elles. On n'a pas d'affaire là. Si on s'en mêle, la Journée de la femme devient comme la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham. L'homme est à la femme ce que les Anglais sont aux Français: l'ennemi qui durant trop longtemps les a empêchées d'être libres. On ne fête pas la Saint-Jean avec le général Wolfe. On ne fête pas la Journée de la femme avec un mec.
Qu'on le veuille ou non, nous faisons partie du clan des coupables. Du clan de ceux qui, durant des siècles et des siècles, ont fait subir des injustices aux femmes. Tous ces rois, ces papes, ces armées, ces gouvernements et ces maris obtus. Ils étaient blancs, noirs, jaunes ou verts, mais ils avaient tous un point commun, ils avaient des couilles. Comme nous. Voilà pourquoi, le 8 mars, il faut se les rentrer par en dedans. Avoir la couille discrète.
Nous ne sommes pas habitués à ce rôle effacé. Il y a plein d'hommes qui protestent contre le 8 mars. Pourquoi une Journée de la femme? Il n'y a pas de Journée de l'homme! Pourquoi une Journée de la femme? Les femmes, maintenant, font ce qu'elles veulent!
Eh! Que le mâle a de la misère à comprendre quand Ron Fournier n'est pas là pour lui expliquer! La Journée de la femme n'est pas dépassée, au contraire. Ce n'est pas parce que les femmes ont plus de droits qu'avant que leur combat est fini. L'affirmation des femmes est une lutte à mener tous les jours. Ce monde est encore un monde d'hommes. D'Alexandre Le Grand à Oussama ben Laden, c'est la pensée virile qui a régi les destinées de l'humanité. Et les résultats sont assez tristes.
Alors une journée pour réaliser que les femmes devraient prendre encore plus de place n'est pas de trop. Parce que, quitte à passer pour un traître face aux gens de mon sexe, j'ai hâte de vivre dans un monde de femmes. Un vrai monde de femmes.
Pour occuper des positions de pouvoir, souvent les femmes refoulent leur sensibilité, effacent leur différence et deviennent des hommes. En plus joli. Ce n'est pas ce qu'il faut pour que la terre tourne mieux. Ça prend des femmes qui le sont restées. Des femmes guidées par l'intelligence du coeur. Ça ne veut pas dire que tous les hommes sont cons. Mais les hommes sans femmes le sont un peu! Et les femmes sans hommes sont un peu trop... euh... Je suis mieux de choisir mes mots, en ce 8 mars. Donc les femmes sans hommes sont un peu trop... girlies. Ça va, girlie? Merci.
Ça prend l'union des deux pour aller plus loin. Le mélange parfait, du meilleur de l'homme et du meilleur de la femme. Également. Si ça fonctionne pour faire un enfant, pour créer la vie, ça devrait fonctionner pour inventer un nouveau monde. À Obama et Hillary de nous le prouver!
En attendant, tant que les femmes et les hommes ne se partageront pas le pouvoir également, une fois par année, les hommes fermeront leur gueule et laisseront les femmes prendre la mesure du chemin parcouru et du chemin à parcourir. Fin de la chronique."

La chronique de S. Laporte sur La Presse.ca
crédits photo AFP